XIV

Après une demi-heure d’une avance lente, précautionneuse, Morane était parvenu au centre du marais. Il s’était coiffé de feuilles de lotus afin de pouvoir, ainsi camouflé, passer plus sûrement inaperçu. À tout bout de champ, il s’immobilisait à l’abri d’une touffe de plantes aquatiques et demeurait ainsi durant de longues minutes, à surveiller les évolutions des pirogues. Ensuite, il repartait, toujours à demi accroupi, le menton au ras de l’eau.

Il avait parcouru de cette façon un peu plus de la moitié de la distance le séparant du ressaut, quand il s’immobilisa une nouvelle fois, car les pirogues convergeaient vers lui.

Pendant un moment, l’angoisse l’occupa. « M’auraient-ils aperçu ? » se demanda-t-il. Pourtant, il se détrompa rapidement, car les piroguiers ne semblaient pas regarder spécialement de son côté. Bob ne doutait pas cependant que, quand ils seraient tout près, ils le découvriraient, et cela en dépit de son camouflage.

« C’est le moment de voir si mon scaphandre de fortune fonctionne bien », songea Morane. Il emboucha l’extrémité du tube de roseau, qu’il n’avait pas lâché, et s’accroupit tout à fait, plongeant la tête sous l’eau, tandis que, de sa main libre, il s’accrochait aux herbes du fond pour s’empêcher de remonter. Il avait le visage levé vers la surface et l’extrémité du tube de roseau émergeait. Alors, Bob aspira doucement. L’air lui parvint. Une petite bouffée, mais suffisante pour qu’il pût respirer. Il expira, aspira à nouveau, avec le même succès.

Les yeux grands ouverts, il tentait de percer le brouillard verdâtre, où se jouaient des formes imprécises, au milieu duquel il était plongé. Et, soudain, le miroir trouble, au-dessus de lui, fut brisé par trois corps effilés qui s’approchaient lentement : les pirogues. Bob respira plus doucement afin d’éviter que le bruit de l’air aspiré dans le roseau ne trahît sa présence. Les dacoïts pouvaient évidemment l’apercevoir à travers l’eau, mais celle-ci n’était cependant pas parfaitement claire et, en outre, la végétation, assez touffue, devait dissimuler en partie le plongeur. Il était probable d’ailleurs que les piroguiers, occupés à observer les alentours, ne songeaient pas à regarder sous l’eau. Dans le cas contraire, s’ils repéraient Morane, celui-ci, incapable de faire usage de son pistolet, inutilisable pour le moment, serait impuissant à se défendre contre les poignards.

Pourtant, les craintes de Bob se révélèrent superflues, car les pirogues glissèrent au-dessus de lui sans s’arrêter. Il attendit durant quelques minutes, puis il se décida à faire surface. Regardant prudemment en direction des embarcations, il vit qu’elles s’éloignaient vers l’autre extrémité du marécage.

Quand il eut retrouvé son souffle, Bob reprit son avance de bête amphibie, et il lui fallut une nouvelle demi-heure environ avant d’atteindre le ressaut, à hauteur d’un chenal étroit faisant communiquer le fleuve avec le marécage.

En raison de la proximité des rapides, de violents remous agitaient l’eau du chenal, mais Morane s’y glissa néanmoins car, une fois là, il ne pouvait plus être aperçu des piroguiers.

Durant un moment, Bob barbota parmi les remous, faillit perdre pied, s’accrocha au rocher et, finalement, se hissa sur un entablement où il s’assit le plus confortablement possible. Il tira alors l’automatique de sa poche et entreprit de le débarrasser de son enveloppe de plastique. Il venait à peine d’achever ce petit travail quand, tout à coup, il eut la sensation d’une présence derrière lui. Il n’eut pas le temps de réagir. Une bande de toile, lancée par-derrière et maintenue par deux mains solides, s’abattit sur son cou. La surprise lui fit lâcher l’automatique, qui tomba à l’eau.

Pourtant, au moment où le garrot s’abattait, Morane avait eu le réflexe de baisser la tête et la bande de toile, au lieu de lui serrer la gorge, se referma sur son menton.

Le premier moment de stupeur passé, Bob s’était ressaisi. Pivotant sur lui-même de gauche à droite, puis de droite à gauche, il frappa en arrière à l’aide des coudes. Un gémissement de douleur lui apprit que son adversaire était touché. Le garrot se desserra.

Alors, Bob redoubla. À nouveau, il frappa son antagoniste et l’étreinte se relâcha davantage encore. Morane put alors se tourner tout à fait pour apercevoir, à cinquante centimètres de son visage à peine, une face grimaçante, à la peau sombre. Sans attendre que l’homme ait repris son souffle, Bob, du poing droit, le frappa à la mâchoire. L’autre bascula dans le chenal et, saisi aussitôt par les remous, coula, pour être entraîné aussitôt vers le fleuve.

Durant un instant, Morane demeura haletant, le bas des jambes baignant dans l’eau. Ses regards tombèrent sur le garrot, que son adversaire avait lâché et qui était demeuré sur l’entablement. C’était une bande de tissu terminée par une corde formant boucle.

— Un rhumal, murmura Morane. Le scélérat à qui je viens d’avoir affaire était un thug…

Ce n’était pas la première fois que Bob avait maille à partir avec ces étrangleurs hindous, adorateurs de la déesse Kâli et dont la secte, jadis dispersée par les Anglais, avait repris récemment un regain d’activité. Bob avait vaincu les thugs une fois déjà[5], mais il était possible que l’Ombre Jaune les eût regroupés à son propre usage.

La perte de l’automatique chagrinait beaucoup Morane. Désarmé, il voyait diminuer ses chances de vaincre Ming. Pas une seule seconde cependant, il ne songea à reculer. Il s’était en effet assigné une mission précise, et il ne s’en retournerait pas avant de l’avoir menée à bien. À moins, bien entendu, qu’il n’échouât et, dans ce cas…

Après s’être accordé quelques minutes de repos, Bob se mit à grimper lentement le long du ressaut. Il en atteignit le sommet et, couché à plat ventre sur l’étroite plate-forme rocheuse, il inspecta les deux îlots. Comme le ressaut lui-même, ils étaient couverts d’une maigre végétation de plantes épineuses, de figuiers et de jacarandas, et paraissaient déserts. La maison bâtie sur le second rocher semblait avoir beaucoup souffert mais les ponts, eux, étaient en bon état. En trop bon état même si l’on considérait qu’ils desservaient deux îlots inhabités.

Lentement, Bob se mit à ramper vers le premier pont. Il allait l’atteindre, quand il s’immobilisa soudain, à l’abri d’un figuier de barbarie. Jaillissant de derrière un bouquet de jacarandas, un homme venait d’apparaître sur le premier îlot. Maigre, il montrait un crâne rasé, un visage farouche et sombre. Il portait une tunique courte, serrée à la taille, et des pantalons étroits. Dans sa ceinture était passé un long poignard à lame brillante.

Tout de suite, Bob avait reconnu un dacoït.

 

*

**

 

Toute l’attention de Bob Morane se concentrait maintenant sur le nouveau venu. Ce dernier s’était mis à marcher de long en large, inspectant avec soin les alentours. Pour parvenir sur le second îlot, Bob devait tout d’abord mettre hors de combat ce nouvel adversaire. Mais comment ?… Comment, surtout, parvenir jusqu’à lui ? Il y avait tout le pont à traverser, et Morane ne pourrait assurément y parvenir sans attirer l’attention du dacoït.

Avec insistance, Bob étudiait la façon dont était construit le pont. Celui-ci était fait de planches suspendues sur quatre cordes, deux au-dessus, deux en dessous. Et Morane comprit que c’était sous le plancher qu’il devait passer, en s’accrochant à l’une des cordes inférieures. De cette manière, il ne pourrait être aperçu de l’îlot. Bien sûr, il y avait le risque, s’il lâchait prise, de se voir précipité dans les flots bouillonnants du rapide.

Lentement, Bob se mit à ramper vers l’extrême bord du ressaut. Profitant du camouflage naturel que lui offrait une frange d’herbes folles, il engagea son buste au-dessus du vide et empoigna à pleines mains la corde de soutènement la plus proche. Quand il fut sûr de sa prise, il se laissa glisser tout à fait et demeura suspendu au-dessus du vide. Alors, lentement, avançant une main après l’autre, il se mit à progresser le long de la corde. Sous lui, il entendait les grondements du rapide. Qu’une faiblesse le saisît, qu’il lâchât prise et il tomberait, pour être happé aussitôt par les tourbillons, lancé contre les rochers, fracassé…

Il tint bon cependant et atteignit l’îlot sans dommage. Un rétablissement, et il se retrouva à plat ventre dans la broussaille. Le dacoït avait disparu. Mais il reparut pourtant presque aussitôt, à cinq mètres à peine de Morane, auquel il tournait le dos. Un bond, et le Français fut sur lui. Du tranchant de la main, il frappa la sentinelle à la base du crâne et elle s’écroula, inconsciente. Rapidement, Bob se pencha vers elle et lui subtilisa son poignard. Comme le dacoït était hors de combat pour un bon bout de temps, Bob ne s’en soucia guère davantage. Quand sa victime reviendrait à elle, il serait déjà parvenu jusqu’à Monsieur Ming, ou aurait échoué…

Se glissant à travers les bouquets de plantes épineuses, Morane se mit en devoir de traverser l’îlot. À tout instant, il s’attendait à tomber sur quelque nouveau dacoït ou thug, mais il n’en fut rien, et il parvint sans encombre à l’entrée du second pont. Avant de s’y engager cependant, il se tapit dans un repli de terrain pour surveiller la maison. Près de celle-ci rien ne bougeait, comme si réellement aucun être humain ne se trouvait sur l’îlot.

Instinctivement, Bob porta la main au côté gauche de sa poitrine pour caresser, à travers le fin tissu de sa poche, le petit masque d’argent.

— Si tu pouvais une fois encore me porter chance ! murmura-t-il. Si tu pouvais faire en sorte que Ming soit là !

Il se mit à rire silencieusement. Voilà qu’il s’abandonnait à la superstition à présent. Comme si ce petit masque d’argent, qu’il fût originaire du Tibet ou non, pouvait influer sur le cours des événements ? Ming devait être là quelque part, sinon pourquoi les îlots auraient-ils été ainsi gardés ?

Et, soudain, Morane se raidit. Un homme venait de sortir de la maison et, la tête levée, comme cherchant quelque chose dans le ciel, s’avançait vers le pont. Aussitôt, Bob reconnut les vêtements de clergyman, le visage de lune et le crâne rasé.

— Ming ! balbutia-t-il. C’est Ming !

L’Ombre Jaune s’était engagée sur le pont, regardant toujours le ciel, et Bob ne tarda pas à découvrir ce qu’elle y fixait. Très haut, point minuscule mais grossissant cependant sans cesse, un hélicoptère tournoyait.

Monsieur Ming se trouvait maintenant au milieu du pont, et l’hélicoptère grossissait toujours. Alors, Bob comprit. C’était ce jour-là que le Mongol devait quitter l’Egypte pour la Birmanie, et cet hélicoptère devait sans doute, d’ici quelques minutes, le conduire à quelque terrain d’atterrissage secret, situé plus à l’est, dans le désert, et où un avion devait venir le prendre.

L’Ombre Jaune ne se trouvait plus maintenant qu’à une quinzaine de mètres de Morane, au milieu du pont et, occupé à surveiller l’hélicoptère, tournait le dos à son adversaire.

« C’est le moment où jamais », pensa Bob. Quelques bonds, et il serait sur Ming, le frapperait du poignard pris au dacoït. Le bruit de ses pas serait couvert par les grondements du rapide et le vrombissement de l’hélicoptère.

Mû comme par un ressort, Morane se dressa soudain et bondit vers le pont. Dans son poing droit, il serrait le manche du poignard. Il s’engagea sur le pont, visant le dos noir de Ming, sa nuque épaisse. Déjà, il n’était plus qu’à quelques mètres du Mongol quand, soudain, dominant tous les autres bruits, une sonnette se mit à tintinnabuler violemment. Le son venait de dessous les pieds de Morane, et ce dernier comprit que, sans le savoir, il venait de fouler une planche truquée, qu’il suffisait de toucher pour qu’aussitôt cette sonnette se mette en branle. Alors seulement, mais un peu tard, Bob se souvint que Ming ne se laissait jamais prendre en défaut et que, même lorsqu’il semblait avoir perdu la partie, il sortait quelque nouveau tour de son sac à malice.

L’Ombre Jaune s’était retournée d’une pièce. Elle faisait face maintenant à Morane et dans sa main droite – sa main postiche, dont elle se servait avec une habileté consommée – il y avait un revolver de gros calibre au canon court.

Tout autre que Ming eût témoigné de la surprise en apercevant Morane, mais le terrible Mongol possédait une telle maîtrise sur lui-même que pas un seul trait de sa face olivâtre ne bougea, à part ses lèvres, qui laissèrent tomber ces mots :

— Commandant Morane ! Encore vous !… Décidément, vous serez toujours là au moment où je m’y attends le moins. Je vais finir par vous croire sorcier. Si vous voulez mon avis, vous devenez de plus en plus encombrant… et dangereux.

Monsieur Ming haussa la voix pour dominer les vrombissements de l’hélicoptère, vrombissements qui se faisaient de plus en plus intenses.

— Trop dangereux, continua-t-il. Beaucoup trop dangereux à mon goût… Jusqu’à présent, je vous ai toujours laissé une chance de m’échapper, et cela autant par respect pour un adversaire valeureux que par goût du jeu. Je ne pouvais oublier non plus qu’il n’y a guère vous m’aviez sauvé la vie…

Le Mongol secoua la tête, comme s’il remuait un regret au fond de son esprit.

— Et dire, commandant Morane, continua-t-il, que j’eusse aimé vous avoir à mes côtés dans la lutte que je mène contre la civilisation occidentale !… Hélas, vous avez toujours repoussé mes offres d’alliance !…

Bob trouvait superflu de répondre. Bien qu’il fît tout pour éviter les regards de l’Ombre Jaune, il se trouvait subjugué malgré lui par les terribles yeux d’ambre liquide. Quelque chose lui disait que, cette fois, Ming ne lui laisserait aucune possibilité de s’en tirer. Or, armé de son seul poignard, que pouvait-il faire, à plusieurs mètres de distance, contre ce revolver braqué sur lui. Tenter de fuir ? Plusieurs balles le frapperaient avant même qu’il n’ait atteint l’extrémité du pont. Bondir par-dessus le garde-fou auquel il se trouvait maintenant adossé ? Sous lui, c’était le rapide avec ses tourbillons, ses flots fracassants…

Dans le ciel, l’hélicoptère s’était immobilisé au-dessus de l’îlot, comme si son pilote prenait plaisir à assister à la scène qui se déroulait là.

À nouveau, l’Ombre Jaune avait secoué la tête.

— Cette fois, dit-elle encore, je ne me sens plus décidé à vous faire quartier. Je ne veux plus courir de nouveaux risques…

Dans l’énorme main postiche, le revolver tremblait légèrement, ce qui indiquait que Ming n’allait plus tarder à faire feu, et le canon de l’arme était braqué sur la poitrine de Morane.

Faisant un effort surhumain de volonté, Bob réussit à s’arracher à l’emprise de son ennemi, dans l’intention de jouer le tout pour le tout, de se précipiter sur Ming pour tenter de le frapper avant qu’il n’ait eu le temps de faire usage de son arme.

Le Mongol dut cependant deviner ce dessein car, avant même que Bob pût esquisser un seul geste, il cria, pour dominer le bruit des rapides et le ronflement des pales de l’hélicoptère :

— Inutile, commandant Morane ! Cette fois, je ne vous laisserai aucune chance de vous en sortir vivant…

L’index de la main artificielle se crispa soudain sur la détente du revolver qui tressauta légèrement. Ce fut à peine si Bob entendit la détonation, mais il ressentit une grande douleur au côté gauche de la poitrine. Il eut l’impression qu’un corps énorme lui fouillait la chair, lui brisait les os, et il comprit qu’il venait d’être frappé d’une balle en plein cœur. Ce fut tout juste s’il pût porter la main à sa blessure ; l’impact du lourd projectile l’avait projeté en arrière, contre le garde-fou, par-dessus lequel il bascula. Sous lui, le rapide précipitait ses eaux entre deux murailles verticales. Aussitôt, ce gouffre aspira Morane. Un gouffre auquel vint se superposer un autre gouffre, noir et insondable celui-là, qui semblait avoir la profondeur de l’éternité.

 

La revanche de l'Ombre Jaune
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